HERMÈS

 

Directeur de Publication : Dominique Wolton

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Éditée par CNRS Editions, la revue HERMÈS est l'une des grandes publications scientifiques en langue française consacrée principalement à la communication , cognition et politique . Elle a pour ambition d'étudier de manière interdisciplinaire la communication dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés en analysant les implications cognitives de ce vaste domaine d'activités, de discours et de recherches. Elle a une vocation pluraliste : elle s'adresse à tout public spécialiste ou non-spécialiste.

Chaque parution est sous forme de numéro thématique à raison de 2 à 3 par an.

Tous les articles jusqu'en 2005 sont en libre accès dans I-Revues sous format pdf.

Il est également possible d'acquérir chaque numéro "papier" de la revue antérieur ou postérieur à ces années auprès de CNRS Editions.

Présentation

Cognition, Communication, Politique

CNRS 27, rue Damesme, F-75013 Paris.Tél.(33)01.44.16.73.65. Fax (33) 01.44.16.73.69
http://www.wolton.cnrs.fr

Directeur de la publication : Dominique WOLTON

Conseil scientifique :

  • Paul AMSELEK, Marc AUGÉ, Jay G. BLUMLER, Mario BORILLO, Roland CAYROL, Jean-Pierre DESCLÉS, Jean-Pierre DUPUY, Marc FERRO, Max FONTET, Jürgen HABERMAS, Elihu KATZ, Jacques LAUTMAN, Jean LECA, Edgar MORIN, Élisabeth NOELLE-NEUMANN, Jean-François RICHARD, Alain TOURAINE

Conseil de rédaction :

  • Tamatoa BAMBRIDGE, Rabia BEKKAR, Jean-Michel BESNIER, Pascal BLANCHARD, Gilles BOËTSCH, Peter BROWN, Manuel Maria CARRILHO, Dominique CHAGNOLLAUD, Suzanne de CHEVEIGNÉ, Mihai COMAN, Marie-Françoise COUREL, Éric DACHEUX, Tom DWYER, Olivier FARON, Cynthia FLEURY, Philippe GILLET, Yves GONZALEZ-QUIJANO, Pascal GRISET, Marc GUILLAUME, François HEINDERYCKX, Jean-Robert HENRY, Geneviève JACQUINOT-DELAUNAY, Yves JEANNERET, Jean-Paul LAFRANCE, Foued LAROUSSI, Chang LIU, Guy LOCHARD, Juremir MACHADO DA SILVA, Éric MAIGRET, Dominique MEHL, Patrice MEYER-BISCH, Laurence MONNOYER-SMITH, Bonaventure MVÉ-ONDO, Bruno OLLIVIER, Birgitta ORFALI, Michaël OUSTINOFF, Thierry PAQUOT, Denis PESCHANSKI, Serge PROULX, Donald SASSOON, Bernard SCHIELE, Marie-Noële SICARD, Jean-Pierre TERNAUX, Jean-François TÉTU, Monique VEAUTE, Lorenzo VILCHES, Patrick WEIL, Yves WINKIN, Christoph WULF

Rédaction en chef:

  • André AKOUN, Jocelyne ARQUEMBOURG, Régine CHANIAC, Anne-Marie CHARTIER, Nicole D'ALMEIDA, Joëlle FARCHY, Anne-Marie LAULAN, Marc LITS, Cécile MÉADEL, Arnaud MERCIER, Jean MOUCHON, Joanna NOWICKI, Didier OILLO, Jacques PERRIAULT, Isabelle SOURBÈS-VERGER, Françoise THIBAULT, Bernard VALADE, Isabelle VEYRAT-MASSON, Dominique WOLTON

Secrétaire de rédaction :

  • Gérard GALTIER

Mots du Directeur de Publication DominiqueWolton

La communication est une valeur, une aspiration, mais elle est aussi une industrie, un marché florissant, voire une idéologie. Autrement dit, un phénomène complexe et polysémique qui requiert un travail d'analyse critique et compréhension. Au coeur des sciences, des techniques et de la société, elle constitue aujourd'hui un des principaux facteurs des changements contemporains. C'est pourquoi, au-delà des effets de mode, elle est à prendre au sérieux. Tel est le pari scientifique de la revue HERMÈS : étudier de manière interdisciplinaire la communication dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés.

Notre choix est celui de la connaissance, pour analyser les implications cognitives de ce vaste domaine d'activités, de discours et de recherches. L'objectif : partir à la connaissance de ce paradigme mobilisé par les chercheurs et indispensable à la compréhension d'un nombre croissant de phénomènes contemporains. C'est bien le caractère interdisciplinaire des sciences de la communication, et la nécessité de mieux distinguer vrais et faux problèmes qui justifient cet engagement intellectuel collectif, qui, au-delà de cette revue, vise à la constitution d'une communauté scientifique.

Le modèle de la communication est déjà requis par les sciences cognitives qui proposent des modèles d'interprétation pour les processus de perception, de mémorisation et de traitement de l'information en général. Il est également mobilisé par les sciences sociales qui cherchent à évaluer la façon dont les techniques de communication affectent les rapports sociaux et la nature de l'espace politique. Il est enfin pris en charge par les disciplines philosophiques avec les théories de l'action et du langage, du discours et de l'argumentation.

Théories de l'action communicationnelle, sciences sociales, sciences cognitives sont ainsi les trois grands groupes de recherche appelés à s'exprimer dans les différents numéros de la revue HERMÈS.

Trois orientations guident aussi notre projet :

  • construire le lieu de rencontre d'une culture scientifique accessible à un public éclairé,
  • concevoir des numéros thématiques pour disposer de la place nécessaire à un éclairage multiple, notamment étranger,
  • donner à la connaissance du lecteur des textes anciens, peu connus, pour éviter l'illusion de croire que les questions d'aujourd'hui sont toujours neuves.

Hermès, tout en étant une revue scientifique, souhaite rester accessible à un public ouvert, intéressé par l'émergence des problèmes théoriques à la communication. Mais en évitant l'enfermement dans une discipline, des illusions du modernisme, et la certitude des théories.

HERMÈS et la recherche en communication au CNRS
par Dominique WOLTON

Dans le foisonnement des idées et des questions relatives à la communication lors des années 80, et suite aux travaux des pères fondateurs des années 60, il m'a paru important de créer une revue. Une revue scientifique, pluraliste, non dogmatique, non conçue comme une école, mais qui devait contribuer à dégager les enjeux scientifiques liés à l'explosion de la communication.

Une explosion qui concerne tous les aspects de la vie : celui des relations individuelles avec le thème de la libération, celui des innombrables situations du dialogue homme - machine, ou celui lié à la place des grands médias et des nouvelles techniques dans la société. L'entrée de l'information et de la communication dans l'ère de l'économie, l'importance des enjeux politiques, et le succès grandissant des techniques incitaient à créer une revue, pour prendre un peu de distance à l'égard des innombrables promesses de la «révolution de l'information et de la communication ». Et aussi pour ne pas laisser aux seuls hommes politiques, aux industriels, aux bureaux d'études et à la presse, le monopole des discours sur l'information et la communication.

D'autant que le contexte culturel, scientifique et institutionel paraissait favorable au CNRS, à la suite de trois actions dont j'assumais la responsabilité : le Programme sciences, techniques et société de 1980 à 1985, les actions du Programme sur la communication depuis 1985, la création du Laboratoire communication et politique en 1987, ainsi que plusieurs programmes sur les sciences cognitives et les télécommunications. À l'Université, l'essor des filières «sciences de l'information et de la communication », à la suite de la création de la 71ème section du CNU, contribuait également à la naissance d'un milieu, et à une demande de connaissances.

D'autres revues existaient, et existent, mais HERMÈS se veut une revue scientifique, interdisciplinaire, lisible par des non-spécialistes, et pluraliste. Tout cela n'était pas naturellement acquis à l'époque. Je souhaitais en faire un lieu de rencontre, et un carrefour pour un milieu de recherche éclaté et traversé par les passions et les idéologies, ce qui est normal, puisqu'à travers la communication se joue le rapport de chacun au monde et à la société. La communication est un peu le miroir de nos relations, réussies ou ratées. Au centre de tous les actes de la vie, sa réussite n'est pourtant jamais assurée; indispensable à chacun, elle est cependant très difficile à maîtriser. Résultat ? Chacun est « en compte avec la communication » et entretient avec elle des rapports ambigus. Ce qui ne simplifie pas les choses lorsqu'il s'agit de la prendre comme objet de connaissance. D'autant que simultanément les performances techniques ne cessent de s'améliorer, donnant le sentiment que la technicisation de la communication réduit les difficultés de la communication humaine et sociale. C'est d'ailleurs dans ce transfert que réside la source de l'idéologie technique : investir les techniques de la capacité à résoudre les questions de la communication humaine et sociale. Cette omniprésence de la communication, autant que son ambiguïté, oblige les chercheurs à encore plus de rigueur pour conserver la distance nécessaire à l'analyse. Pour cela, ils doivent préciser leur conception de la communication et les hypothèses qui guident leur travail. Sinon on a vite fait d'extrapoler de son expérience personnelle à un jugement de valeur; de confondre opinion et connaissance ?

Pour ma part, la communication n'est pas seulement l'ensemble des échanges entre les hommes, ni l'usage des techniques, classiques ou nouvelles ; elle est aussi, et peut être surtout un modèle culturel et social, évoluant dans le temps et dans l'espace, et qui est la manière dont les individus et les collectivités perçoivent et organisent leurs relations. Ce qui souligne le rôle de la communication politique et de la communication culturelle.

En un mot, ce qui m'intéresse dans la communication, c'est une démarche, un processus culturel et social, avant d'être une technique. Cela met au centre des échanges entre les hommes, les valeurs plutôt que les intérêts, même si ceux-ci sont évidemment toujours présents. L'intentionnalité, plutôt que l'interactivité, même s'il y a toujours de l'interaction dans la communication. Il s'agit donc d'une vision humaniste de la communication, qui met au centre le langage, plutôt que les techniques, les idéaux plutôt que les intérêts. Une conception de la communication qui trouve sa filiation dans la philosophie, l'anthropologie, la linguistique, la sociologie...., et qui au-delà de ses enjeux techniques évidents, en fait un objet théorique inséparable des sciences humaines et sociales.

Un enjeu scientifique

HERMÈS prend donc au sérieux la communication, considère qu'il s'agit d'un enjeu scientifique et culturel mais aussi démocratique, car la communication affecte tous les aspects de la vie sociale, aussi bien le travail que les loisirs, la politique que l'éducation, l'économie que les relations interculturelles. Bref l'information et la communication sont au coeur de tous les rapports sociaux de la société contemporaine. Et la revue, comme d'autres, essaie de mettre un peu d'ordre dans ce fantastique foisonnement.

Elle souhaite renouer avec la première forme de la revue Communication qui, à la fin des années 60, fit tant pour ouvrir les esprits à une première prise de conscience de l'importance du phénomène de communication dans les sociétés contemporaines. De la revue Communication à la revue HERMÈS le projet est le même : contribuer à souligner l'importance des enjeux scientifiques et culturels, du «Communication Turn » comme fut finalement admise au début du siècle l'importance du « Linguistic Turn ». De ce point de vue une continuité existe entre les travaux, en France, de R. Barthes, J. Ellul, R. Escarpit, C. Friedmann, A. Moles, E. Morin, G. Simondon, P. Schaeffer, et d'autres, et ce que nous souhaitons aussi faire.

D'une certaine manière le pari a été entendu puisqu'en treize ans, la revue a publié 30 numéros thématiques qui sont en réalité autant de recherches collectives, sur des sujets entièrement différents, dont beaucoup n'auraient pas, a priori, été considérés comme ayant un rapport avec la communication. Plus de 330 chercheurs et universitaires, français et étrangers, y ont écrit, ce qui est relativement important quand on connaît le caractère récent et éclaté de ce milieu. De ce point de vue, HERMÈS a contribué à la naissance d'une communauté de recherche sur la communication, interdisciplinaire et libérale, non dogmatique et ouverte sur des chemins de la connaissance.

La revue est connue pour avoir contribué activement à revaloriser :

  • Le concept d'espace public
  • L'intérêt théorique de la communication
  • Le rôle de l'identité dans la communication
  • L'importance de la problématique de la réception et de l'intelligence des publics
  • La prise en compte du rôle de la communication dans la théorie politique, ou dans les relations compliquées entre l'individu et les masses
  • La complexité croissante des processus interculturels

Certes tout n'a pas été facile, ni toujours réussi, mais de ces dix ans,où une bonne partie de la rédaction est restée la même, on peut dire que c'est une certaine liberté d'esprit, et une volonté du déchiffrer des aspects inattendus, mais la plupart du temps essentiels, de la communication dans nos Sociétés qui nous ont guidées. Une revue est toujours l'objet de rencontres et d'un travail collectif ; que tous soient ici sincèrement remerciés.

L'enjeu scientifique était simple mais difficile à faire admettre : asseoir la légitimité scientifique et théorique des questions sociales, culturelles et politiques tournant autour de l'information et de la communication. La situation s'est un peu améliorée, mais à l'époque, la communication était le plus souvent réduite à la performance des techniques, accompagnée d'un discours triomphaliste, doublée néanmoins, au-delà des paroles positives sur les techniques, de l'ancestrale méfiance qui depuis toujours entrave la communication. Car pour un grand nombre, le stéréotype domine : communiquer c'est vouloir influencer autrui, pour ne pas dire le manipuler. On est donc face au paradoxe suivant : d'un côté la confiance accordée aux techniques, de l'autre la méfiance persistant à l'égard de la communication humaine et sociale. Et cette contradiction n'a guère évolué en cinquante ans, elle s'est même amplifiée. Plus la communication technique fascine avec son cortège de performances, plus la communication sociale et culturelle suscite des réserves. Comme si la place centrale de la communication, dans tous les rapports sociaux, était moins importante que les outils et les marchés.

Le discours aujourd'hui trop apologétique, par exemple sur les possibilités d'Internet, n'ébranle en rien la méfiance qui reprend, ensymétrique, les discours de méfiance entourant depuis longtemps la communication humaine ou les médias de masse. Et ce contraste se retrouve autant chez les scientifiques. Le même qui s'occupera de systèmes d'informations automatisés, de sciences cognitives ou d'intelligence artificielle ne sera pas loin de penser que la communication médiatique ou la communication politique sont des exercices de manipulation, ou tout au moins des tentatives pour influencer les opinions et les comportements.

Il est donc indispensable de réduire le manque de légitimité de la communication dont la conséquence paradoxale est finalement de succomber à toutes les séductions techniques. C'est bien parce que l'importance théorique de la communication n'est pas reconnue que les discours sur la «révolution des techniques de communication» ont tant d'impact dans la presse, la classe politique et les élites en général.

Pourquoi parler de communication et non pas d'information d'autant que celle-ci bénéficie souvent de plus de légitimité ? Parce qu'il n'y a pas d'information sans communication, c'est-à-dire sans échanges. Le message, l'information n'existent jamais sans un émetteur et un récepteur. Si la réflexion sur l'information peut avoir une autonomie, l'intérêt et la difficulté de la communication sont de prendre tout de suite, à bras le corps, la complexité des relations entre émetteur – message -récepteur, qu'il s'agisse de communication naturelle ou médiatisée par des techniques. Avec la communication on est immédiatement obligé de réintroduire les hommes et la société. Ce qui complique tout, mais correspond néanmoins à la réalité ontologique de la communication, à savoir la tentation sans cesse répétée par les hommes, de se dire quelque chose, d'échanger et d'essayer de se comprendre.

On comprend d'emblée l'immense difficulté de la communication et le désir de reporter sur les techniques, de plus en plus performantes, le soin de réaliser ce que la communication humaine ne réussit pas toujours.

Le problème est encore plus compliqué si l'on souhaite, comme cela en est le projet avec la revue HERMÈS, de valoriser le public et la réception. Valoriser la réception c'est reconnaître l'égalité des trois logiques, leurs autonomies, et évidemment la difficulté à les mettre facilement en correspondance.

Cinq objectifs

Dans ce contexte, cinq objectifs se dégagent.

1 - LA VOLONTÉ D'ABORDER CES PROBLEMES DANS TOUTE LEUR COMPLEXITÉ THÉORIQUE

C'est-à-dire en partant de la problématique de la communication, et non de l'information, ou de la transmission, ou de tout autre sous-ensemble. Ceci pour accepter d'emblée la nécessité à penser la cohabitation des trois logiques nécessairement autonomes, de l'émission, du message ou du récepteur.

2 - LE REFUS D'UNE DEMARCHE IDEOLOGIQUE

Pour cela le choix de privilégier un travail théorique, sur les concepts et les connaissances. Cette orientation théorique est indissociable des travaux empiriques, afin d'éviter le découplage entre la réflexion et la réalité. Il oblige aussi les chercheurs à définir leur propre conception de la communication, car personne n'a de neutralité théorique à l'égard de la communication.

3 - NE PAS REDUIRE LA COMMUNICATION A LA TECHNIQUE

Pour cela, admettre qu'au-delà de la performance des techniques, l'essentiel est de comprendre les interactions et les heurts de légitimités, de langages et de représentations. Cette approche d'abord sociale et culturelle de la communication, avant d'être technique, est au centre des travaux d' HERMÈS.

4 - ASSUMER L'INTERDISCIPLINARITE

C'est-à-dire admettre que les phénomènes de communication ne peuvent être saisis qu'à travers l'éclairage de plusieurs disciplines, même si ce travail à plusieurs est difficile, parfois épuisant. Cela consiste à faire coopérer les sciences humaines et sociales, pour la place des phénomènes de communication dans la culture et la politique de nos sociétés ; les sciences pour l'ingénieur en ce qui concerne les innombrables situations du dialogue homme-machine ; les sciences de la vie pour la compréhension toujours complexe des conditions de relations entre les individus.

5- PRIVILEGIER UNE APPROCHE SCIENTIFIQUE, PLUS QUE CULTURELLE OU D'ETUDE

Par cet objectif la revue signe son lien avec le CNRS, et insiste sur la volonté de construire des objets de connaissance, plutôt que d'écrire la réalité. Le choix se lit dans les titres des publications : il s'agit la plupart du temps d'un objet construit, et non d'une description de la réalité empirique. Cette perspective conceptuelle n'est nullement incompatible avec un souci de vulgarisation, mais à condition que la volonté analytique, et les cadres hypothétiques soient présents.

Une communauté interdisciplinaire

Le pluralisme de la revue est visible quand on observe la diversité de ceux qui la font. HERMÈS est un carrefour de personnalités, un lieu de rencontres, un croisement de disciplines, d'approches, de styles. Elle reflète l'existence d'un milieu. Certes tout cela est fragile, comme toujours dans la vie des revues, mais cela existe. Les auteurs ne se connaissent pas tous, mais il existe une dynamique des rencontres, plusieurs numéros sont en préparation, les projets arrivent. En fait nous sommes convaincus de l'immense difficulté à penser la communication, et du caractère limité des concepts et des traditions à notre disposition, en dehors d'une certaine liberté d'esprit. C'est d'ailleurs probablement cette modestie intellectuelle et scientifique qui caractérise cette communauté où beaucoup de choses, par ailleurs, séparent les uns et les autres. Existe en tout cas la volonté de faire entrer la communication dans l'ordre de la connaissance. Et pas seulement dans celui des intérêts, des marchés, ou de la politique. Si les chercheurs et les universitaires n'ont aucun monopole sur ce champ immense de la communication, au moins souhaitent-ils y apporter leur contribution. Et faire enfin reconnaître cette contribution.

Autour d'HERMÈS on trouve d'ailleurs plusieurs cercles. Le plus proche est évidemment celui constitué par le Laboratoire communication et politique et le comité de rédaction. Le deuxième cercle est celui constitué par les auteurs. La majorité d'entre eux a joué le jeu, s'impliquant dans le projet collectif, puisque chaque numéro est thématique. Le troisième cercle est celui des différents programmes de recherche liés à la communication qui se sont succédés au CNRS en quinze ans, aussi bien pour les sciences sociales que les sciences cognitives ou les sciences pour l'ingénieur. HERMÈS a représenté un espace de publication libre et ouvert qui a souvent permis de rendre publics certains travaux. Le quatrième cercle est celui des universitaires, enseignants et étudiants. Ce sont en réalité nos partenaires directs. Leur volonté de construire parfois très difficilement un espace d'enseignement de la communication, non directement lié aux contraintes envahissantes du marché, rencontre notre objectif en faveur d'une revue scientifique. Face à la séduction du marché, à la prolifération des publications de toutes sortes, les universitaires essaient de préserver un espace de connaissance, de réflexions et de débats. Nous appartenons au même milieu et nos préoccupations sont identiques. C'est ainsi que cette revue du CNRS est depuis toujours largement ouverte sur le monde universitaire. HERMÈS contribue à la structuration de ce champ de recherche et aux échanges entre chercheurs, universitaires et étudiants. Une revue comme HERMÈS est un symptôme de la question de savoir s'il est possible de maintenir - à côté du gigantesque marché mondial qui se met en place sur la communication et ses techniques depuis un demi-siècle des lieux de réflexion théorique qui ne soient pas systématiquement marginalisés.

Un défi éditorial

Il consiste à faire reconnaître l'intérêt d'un espace de publication, pour des textes de recherche, à côté des innombrables articles et études qui entourent l'explosion de la communication. Il suffit de voir par exemple, le nombre et surtout le contenu des suppléments multimédias dans les quotidiens et hebdomadaires depuis quelques années : «Tout change, tout va changer, tout va très vite, le progrès est là ; dépêchons-nous de ne pas être en retard, adaptons-nous ... ».

Finalement la survie d'une revue scientifique dans un tel contexte multimédiatisé devient un défi, non seulement par rapport à la tonalité générale, triomphaliste de la plupart des écrits du domaine, mais aussi par rapport à la persistance du support papier. Le règne de l'écran, du online, avec la rapidité, l'interactivité, les CD-Rom/DVD et autres nouveaux supports peuvent donner le sentiment, à tort, du caractère dépassé d'une revue scientifique dans le domaine de la communication. Et pourtant la persistance de l'écrit est un signe. Le signe que la vie scientifique et culturelle s'inscrit aussi dans une tradition, et qu'il y a là dans la production d'une revue, un contrepoint aux systèmes d'informations, plus ou moins sérialisés, et aux bases de données. Certes une revue peut être sur Internet, mais l'essentiel n'est pas là, il est dans l'existence d'un lieu de débats, d'échanges, de rencontres physiques, d'artisanats. Il est important qu'HERMÈS, et d'autres revues, montrent à l'heure du multimédia, que le rôle de l'écrit mais aussi d'une certaine vision du public - diffère de celui lié aux nouveaux rnédias. C'est en cela que le choix du support retrouve une certaine problématique de la communication et de la recherche, celle où ne sont pas dissociés l'émetteur, le message et la réception. Bien évidemment les nouveaux médias créent un autre rapport public, y compris d'ailleurs pour certains forums d'expression, mais il n'est pas inutile qu'en matière de recherche cohabitent plusieurs formes d'expressions, de lecture et de débats. L'interactivité triomphante ne doit pas envahir toutes les formes d'expressions, la « lenteur » du texte écrit trouvant l'extraordinaire complexité de la pensée. La place de l'écrit, et du support papier, n'est pas une question secondaire dans l'univers saturé de l'information et de la communication interactive.

Quelques chantiers

Les pistes de recherches sont innombrables et différents numéros HERMÈS sont en préparation, mais ou peut d'ores et déjà désigner cinq chantiers théoriques.

1 - REPRENDRE LA REFLEXION SUR LES RELATONS, SOUVENT CONFLICTUELLES, ENTRE L'INDIVIDUEL ET LE COLLECTIF

Nos sociétés démocratiques gèrent deux traditions philosophiques, aussi légitimes que contradictoires au sein de ce que j'appelle la société individualiste de masse. D'une par la liberté individuelle, héritière de la philosophie du XVIIIème siècle. D'autre part l'égalité, héritière de la philosophie du XIXème siècle. Si tout, de l'individu à la politique, conduit aujourd'hui à gérer les grands ensembles, au travers de l'économie de masse et de la démocratie de masse, tout pousse simultanément, au nomde l'individu, à valoriser la liberté personnelle. Et l'explosion des médias thématiques et des nouvelles techniques renforce cette logique individuelle.

Dans ce vieux conflit entre l'individuel et le collectif, où la légitimité démocratique est invoquée simultanément, la communication et ses techniques, anciennes ou nouvelles, jouent un rôle essentiel. D'autant que ce conflit rebondit à une autre échelle, avec les contraintes de la mondialisation, et l'émergence simultanée du multiculturalisme.

2 - PENSER L'IDENTITE

Plus le monde est ouvert, avec la globalisation, la circulation des images et des données, la standardisation croissante des modes de vie, plus, en contrepoint, les identités culturelles vont jouer un rôle central. La gestion de l'altérité sera plus difficile dans un univers où chacun verra plus facilement tout le monde. De nouveaux rapports vont donc se construire entre identité et communication. Hier l'identité était un obstacle à la communication, elle en deviendra demain une condition substantielle.

3 - REFLECHIR AU THEME DE LA SOCIETE DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

C'est la première fois dans l'histoire qu'un système technique dominant, ici celui-ci traitant des flux d'informations de toute nature donne son nom à une société : «la société de l'information». Une société où tout serait gestion de flux d'informations, apportant aux uns et aux autres, liberté et liens avec autrui. Si l'information et la communication ont été au cœur de multiples conflits depuis des siècles, à quelles conditions leur généralisation au travers des réseaux pourrait, cette fois-ci, devenir un facteur de paix et de compréhension mutuelle ? Comment éviter une continuité trop naïve entre système technique, rapports sociaux et utopie politique ?

4 - RECOUVRIR UN TRAVAIL THEORIQUE SUR LES MOTS ET LES CONCEPTS DE

Information et communication ; communication politique ; espace public ; communication interculturelle ; communauté... Ainsi que sur la persistance, ou le retour de certaines utopies et mythologies de la communication. L'omniprésence de la communication oblige à distinguer dans ces mots ce qui relève des valeurs et des intérêts, car ils sont de plus en plus utilisés indifféremment.

5 - REDEFINIR LES RELATIONS ENTRE RECHERCHE FONDAMENTALE ET RECHERCHE APPLIQUEE

Dès lors que les marchés de la communication sont en pleine expension, il est essentiel de préserver une place à la recherche fondamentale, pour éviter que l'enjeu de la connaissance ne soit totalement absorbé par la logique économique. Comment échapper à la « professionnalisation » complète de la communication, au dépérissement de sa dimension normative au profit de sa dimension fonctionnelle? Comment éviter la technicisation et l'instrumentalisation complète de la communication? Et son corollaire, le triomphe d'une logique de l'étude et le triomphe du discours des acteurs?

En un mot comment préserver dans un univers saturé d'informations et de communication, les conditions d'une production scientifique centrée sur des enjeux de connaissance, relativement indépendante de la double logique des acteurs et des intérêts ? HERMÈS comme symbole d'une logique de recherche, à côté d'autres, ne manque donc pas de sujets et de domaines de publications.

Conclusion

Pourquoi la communication est-elle une question théorique si importante ? Parce qu'elle est au cœur de la société contemporaine, pour deux raisons essentielles. Elle est le symbole de la démocratie qui, reconnaissant la liberté et l'égalité des individus, donne toute sa place aux échanges entre eux. Elle pose directement la question de l'autre, c'est-à-dire de la légitimité de la différence, dès lors qu'est admise la relation égalitaire à un autre que soi-même. Dans les deux cas, qu'il s'agisse de la démocratie, ou du rapport à l'autre, la communication est centrale. Et le plus important n'est pas du côté des techniques, mais du côté des valeurs et de la légitimité reconnue aux échanges entre des êtres libres et égaux.

Il faut d'ailleurs rappeler que le modèle de la société ouverte est d'abord un idéal avant d'être une réalité économique. Et si aujourd'hui les marchés et les techniques ont réduit le monde à un village global, cela pose avec encore plus d'acuité la question normative de la communication. Le paradoxe est donc le suivant. C'est la performance même des techniques qui repose la question normative de la communication : comment organiser la cohabitation pacifique entre communautés différentes ?

La technologie ne supprime nullement la difficulté inhérente à toute société, qui est celle de l'intercompréhension et du respect mutuel. Elle la repose avec plus d'acuité puisque les progrès techniques permettent justement de supprimer les contraintes qui pendant des siècles ont rendu matériellement difficile la relation entre les différentes collectivités. Plus les performances techniques permettent l'interactivité, plus on comprend ce qui sépare cette dimension de la communication, de l'autre dimension, normative, qui est celle de l'intercompréhension. Autrement dit la question de la communication devient tout simplement celle du fonctionnement de la société. C'est en cela que la communication est une des grandes questions théoriques et politiques du siècle à venir. C'est en cela que la revue HERMÈS, à son échelle, est un écho à ce grand défi intellectuel et scientifique.

Il y a d'ailleurs un point commun entre HERMÈS et le CNRS. La revue essaie de comprendre les conditions d'intercompréhension dans des sociétés ouvertes où se heurtent des philosophies sociales et politiques différentes. Le CNRS organise la cohabitation de sciences et de disciplines naturellement différentes, mais qui trouvent dans l'adhésion à certaines règles et valeurs les points communs minimaux leur permettant de cohabiter.

HERMÈS part du présupposé d'une compréhension possible des êtres entre eux, comme le CNRS part du présupposé que le partage de certaines valeurs scientifiques permet à des chercheurs d'univers intellectuels et scientifiques différents de cohabiter entre eux. C'est le même idéal de communication qui se trouve à l'origine de la revue et d'une institution scientifique comme le CNRS. Le rapprochement est ici d'autant plus parlant que la diversité des sciences et l'hétérogénéité des savoirs au sein du CNRS rend apparemment difficile l'idée d'une communication possible entre ces différentes communautés, communication qui cependant existe quotidiennement.

Cette comparaison, apparemment hasardeuse, illustre l'importance du défi de la revue, et plus largement de tous ceux qui s'intéressent aux sciences de la communication. Celles-ci doivent être prises au sérieux ; elles sont à la fois au cœur du modèle démocratique et du modèle cognitif de la société occidentale.

On est loin de la communication réduite à une manipulation, ou à une performance technique ou à un marché. On est au cœur du problème théorique de la communication : faire entrer celle-ci dans une logique de connaissances, pour ne pas la laisser aux seuls discours techniques, économiques, et politiques. C'est en ouvrant des réflexions, en construisant des savoirs, des théories, en multipliant les expériences, en observant, que l'on préservera le pluralisme théorique, sans lequel il n'y a pas de connaissance.

Tel est le défi scientifique d'HERMÈS depuis plus de dix ans.

Revue de sommaires

La Revue HERMÈS publie des numéros thématiques faisant appel aux meilleurs spécialistes.

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Numéros

Thème

Tarif

N° 49 Traduction et mondialisation 25 €
N° 48 Racines oubliées des sciences de la communication 25 €
N° 47 Paroles publiques. Communiquer dans la cité (256 p.) 25 €
N° 46 Événements mondiaux Regards nationaux (256 p.) 25 €
N° 45 Fractures dans la société de la connaissance (240 p.) 25 €
N° 44 Économie et communication (248 p.) 25 €
N° 43 Rituels (252 p.) 25 €
N° 42 Peuple, populaire et populisme (264 p.) 25 €
N° 41 Psychologie sociale et communication (224 p.) 23 €
N° 40 Francophonie et mondialisation ( 424 p.) 25 €
N° 39 Critique de la raison numérique (272 p.) 25 €
N° 38 Les sciences de l'information et de la communication (256 p.) 23 €
N° 37 L'Audience. Presse, Radio, Télévision, Internet (312 p.) 25 €
N° 36 Economie solidaire et démocratie (256 p.) 23 €
N° 35 Les Journalistes ont-ils encore du pouvoir ? (352 p.) 25 €
N° 34 L' Espace, enjeux politiques (252 p.) 23 €
N° 32/33 La France et les outre-mers. L'enjeu multiculturel (660 p.) 29 €
N° 31 L'opinion publique. Perspectives anglo-saxones (312 p.) 23 €
N° 30 Stéréotypes dans les relations Nord-Sud (264 p.) 23 €
N° 29 Dérision-contestation (288 p.) 23 €
N° 28 Amérique latine. Cultures et communication (320 p.) 29,5 €
N° 26/27 www.démocratie locale.fr (392 p.) 29 €
N° 25 Le Dispositif. Entre usage et concept (320 p.) 29,5 €
N° 23/24 La cohabitation culturelle en Europe. Regards croisés des Quinze (396 p.) 29 €
N° 22 Mimesis. Imiter, représenter, circuler (226 p.) 26 €
N° 21 Sciences et médias (288 p.) 29,5 €
N° 20 Toutes les pratiques culturelles se valent-elles ? (294 p.) 29,5 €
N° 19 Voies et impasses de la démocratisation (312 p.) 32 €
N° 17/18 Communication et politique (440 p.) 28 €
N° 16 Argumentation et rhétorique, 2 ( 346 p.) 24,5 €
N° 15 Argumentation et rhétorique,1 ( 350 p.) 24,5 €
N° 13/14 Espaces publics en images (444 p.) 28 €
N° 11/12 À la recherche du public (464 p.) 24,5 €
N° 10 Espaces publics, traditions et communautés (360 p.) 24,5 €
N° 8/9 Frontières en mouvement (415 p.) 24,5 €
N° 7 Bertrand Russell. De la logique à la politique (310 p.) 24,5 €
N° 5/6 Individus et politique (408 p.) 24,5 €
N° 4 Le nouvel espace public (255 p.) 24,5 €
N° 3 Psychologie ordinaire et sciences cognitives (188 p.) 24,5 €
N° 2 Masses et politique (250 p.) 24,5 €
N° 1 Théorie politique et communication (225 p.) 24,5 €


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