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User de pesticides pour contrôler les espèces invasives : les facettes d’un paradoxe éthique

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PDF RevuedEcologie_2017_72_4_425.pdf 657.3Kb

Pour citer ce document :
URI: http://hdl.handle.net/2042/62684
Title: User de pesticides pour contrôler les espèces invasives : les facettes d’un paradoxe éthique
Author: Tassin, Jacques
Abstract: La lutte contre les espèces invasives qui impactent l’environnement ou la santé publique recouvre parfois l’usage de substances chimiques létales. Or, si l’intérêt de la lutte chimique dans le contrôle d’espèces invasives est indéniable, son impact sur l’environnement ou sur la santé humaine ne saurait être omis, dès lors que l’usage de rodenticides peu sélectifs tels le brodifacoum ou le 1080, d’insecticides fortement rémanents tels les néonicotinoïdes, et d’herbicides systémiques tel le glyphosate, intéresse d’année en année des surfaces de plus en plus grandes. La littérature fournit de nombreux exemples d’effets indésirables de ce type d’intervention sur la biodiversité ou la santé humaine dont il faudrait rendre compte de manière plus transparente. L’évaluation des risques d’utilisation des pesticides demeure incomplète dans ce domaine, et l’approche bénéfices-risques qui s’imposerait fait encore défaut. Cette utilisation de pesticides se présente comme un paradoxe éthique puisqu’elle s’inscrit en amont dans une démarche de protection du vivant, mais aussi parce que dans le cadre d’une politique de santé publique, elle fait parfois courir aux populations d’autres risques sanitaires. De manière générale, l’efficacité des pesticides dans le contrôle des espèces invasives reste en outre mal évaluée. Il paraît donc impératif de replacer le citoyen au cœur des processus de décision ou du moins de prôner davantage de transparence quant à l’ensemble des bénéfices attendus et des risques encourus. L’écart éthique que suscite le recours à des pesticides est dès lors à évaluer en tant que tel. Il n’est pas justifiable que la question du droit animal soit autant écartée des programmes de régulation de vertébrés : les souffrances imposées sont une réalité, et il n’appartient pas aux scientifiques écologues ou aux gestionnaires d’espaces naturels de décider seuls de ce qui, dans nos relations avec l’animal, est acceptable ou non. Le domaine des espèces invasives ne devrait pas faire exception dans les réflexions globales conduites sur les pesticides. Pourtant, le fait est que les espèces invasives ne correspondant pas à notre représentation conventionnelle de la nature, l’usage de moyens en temps normal prohibés dans les espaces naturels ne semble pas devoir ici être remis en cause. Nous devons continuer à nous interroger sur le fondement de ces entorses à la protection de l’environnement et à l’éthique environnementale, entorses qui correspondent à un rejet paradoxal de valeurs orientées sur le respect du vivant, dont on s’aperçoit qu’elles ne sont pas partagées par tous.The control of invasive species impacting environment or human health sometimes involves the use of lethal chemicals. Yet, while the interest of pesticides in invasive species control is undeniable, their impact should not be overlooked. From year to year the use of rodenticides with a low selectivity (e.g. brodicafoum or 1080), of persistent insecticides such as neonicotinoids and of systemic herbicides (e.g. glyphosate) actually concerns more and more large areas. The literature provides many examples of negative side effects on biodiversity or human health that should be more transparently reported. Risk assessment of pesticide use remains incomplete for invasive species, and the risk-benefit approach that would impose is still lacking. This use of pesticides involves an ethical paradox since it is part of an approach which aims to protect wildlife, and since in the context of public health policy, it sometimes puts people to new health risks. In general, the effectiveness of pesticides in the control of invasive species also remains poorly evaluated. It seems imperative to put the citizen at the heart of decision-making or at least to advocate greater transparency regarding all the expected benefits and risks. Similarly, ethics gap aroused from the use of pesticides is to evaluate. It is not justifiable that the issue of animal rights is so much departed from vertebrate control programs. Imposed suffering to these animals is a reality and it is not for scientists to decide alone what in our relations with the animal, is acceptable or not. The field of invasive species should not be an exception in global discussions conducted on pesticides. However, the representation that invasive species escape to nature as we think it should be, contributes to validate the use of resources normally prohibited in natural areas. We must continue to wonder about the basis for these breaches of environmental protection and environmental ethics. They correspond to a rejection of values that are not so shared by our communities.
Publisher: Société nationale de protection de la nature et d'acclimatation de France, Paris (FRA)
Date: 2017

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