Une admirable réforme administrative - La grande réformation des forêts royales sous Colbert (1661-1680). Seconde et troisième parties

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URI: http://hdl.handle.net/2042/33607
Title: Une admirable réforme administrative - La grande réformation des forêts royales sous Colbert (1661-1680). Seconde et troisième parties
Author: DEVÈZE, M.
Abstract: C'est la plus importante réformation forestière qu'ait connue l'Ancien Régime. Une réformation - on parlerait aujourd'hui de réforme ou de réaménagement - était un ensemble d'actes admninistratifs destinés à remédier à une situation relâchée. Cette procédure, qui remonte en forêt au XIIIe siècle avait été particulièrement employée par les rois François Ier et Henri II , comme je l'ai montré dans mon ouvrage « la vie des forêts françaises au XVIe siècle ». A l'époque des guerres de religion, les réformations devinrent naturellement plus rares. Or, contrairement à ce qu'on pourrait penser, elles devinrent encore plus rares dans la première moitié du XVIIe siècle. L'époque de Richelieu et de Mazarin, si utile pour la lutte antiféodale comme pour l'accroissement du territoire français, a été une période de détérioration de l'appareil administratif, par suite de la vénalité et de l'hérédité des offices d'une part, de la longueur et de l'ampleur des guerres d'autre part. En 1661, lorsque Colbert prit la direction de l'administration des finances - y compris l'administration des forêts la situation des bois en France, et notamment dans le domaine royal, était mauvaise, beaucoup plus mauvaise qu'au siècle précédent. L'ignorance des officiers forestiers, les constants besoins d'argent du Trésor, les malversations avaient entraîné d'énormes gaspillages, des ventes de bois inconsidérées. L'aliénation - malgré les ordonnances et même la loi fondamentale du royaume - de plusieurs grandes forêts royales. D'une manière générale, la forêt française avait non seulement régressé en quantité, mais encore en qualité : la futaie, encore très abondante un siècle auparavant, avait presque disparu des régions de plaine, et devenait même rare clans la plupart des massifs, la majeure partie des forêts consistant en taillis mal aménagés. Cette situation était d'autant plus fâcheuse que le bois constituait toujours alors la principale matière première et la principale source d'énergie (source combustible). La marine royale, que Colbert en particulier ambitionnait de relever le plus vite possible, était obligée de faire appel aux bois scandinaves dont l'approvisionnement en temps de guerre pouvait être compromis. Telles sont les causes de la grande réformation de 1661-1680 qui porta essentiellement sur les forêts royales, mais aussi sur une bonne part des forêts ecclésiastiques et des forêts communales qui étaient placées depuis le XVTe siècle sous la protection du roi.. Colbert voulait encore rétablir complètement le domaine royal, afin d'améliorer les recettes financières de la monarchie : le revenu des forêts royales était en effet tombé à peu de chose. La réformation des forets était une oeuvre de longue haleine. Colbert ne tarda pas à s'en apercevoir. Mais il avait heureusement pour lui l'appui intégral de Louis XIV, et donc la longévité ministérielle. Avec une énergie qui ne se démentit jamais, une application exemplaire, un souci du détail qui l'entraîna à une correspondance considérable avec les exécutants de la réformation, Colbert mena donc le travail à bonne fin. L'oeuvre énorme que représentait la réformation réelle des 1 318 000 arpents de bois royaux, soit 650 000 hectares - sans compter les bois ecclésiastiques et communaux - fut exécutée par deux séries d'administrateurs : les intendants, généralement maîtres (les requêtes, en qui Colbert avait beaucoup plus confiance que dans les forestiers royaux, mais aussi un petit nombre de techniciens, forestiers (le métier certes, mais dont Colbert avait pu éprouver la compétence et l'honnêteté. Le plus célèbre de ces hommes de l'art fut Louis de Froidour, originaire de Picardie, qui se fit connaître dans la réformation des forêts de l'Ile de France, puis fut chargé de celle de l'immense département du Languedoc, auquel il fallut adjoindre toutes les Pyrénées, et enfin le Quercy et l'Angoumois. Les règlements des commissaires-réformateurs, opérés au fur et à mesure que se déroulait la grande réformation, ont servi à la rédaction de la célèbre ordonnance d'août 1669 : mais le principal rédacteur au fond en fut encore Colbert qui utilisa l'importante documentation contenue dans les ouvrages de Saint-Yon et Chauffourt, forestiers du temps d'Henri IV. L'ordonnance de 1669 qui a été la base du code forestier de l'Ancien Régime et qui, par delà la Révolution a encore inspiré le code forestier moderne de 1827, ne fut pas révolutionnaire pour son époque : elle apporta clarté et méthode notamment clans l'administration forestière et dans l'organisation des ventes et l'exploitation des bois. La réformation colbertienne eut encore d'autres résultats, non moins excellents. Sur le plan financier tout d'abord, ce fut une opération payante. Les frais entraînés par la réformation furent largement remboursés par le produit des amendes et dommages-intérêts infligés aux prévaricateurs. Près de 100 000 arpents (le bois royaux furent récupérés. Le nouvel aménagement des forêts donna immédiatement des fruits, le revenu net (les forêts royales étant passé de 228 000 livres en 1661 à 1 028 000 en 1683. Enfin, du point de vue essentiel de la marine, Colbert vit ses efforts récompensés. La marine royale fut ressuscitée et dès 1670, grâce à des recherches minutieuses, elle n'utilisa plus guère que des bois français. Ainsi la réformation de 1661-1680 a été une des oeuvres les plus dignes d'éloge du règne de Louis XIV.This is the most important reformation carried out during the Old Regime. A reformation - to day we should speak of reform or reorganization - was a number of administrative acts which aimed at coping- with conditions of laxity. This procedure, which in forestry dates back to the XIIIth century, had been used very often by king François I and king Henri II, as I have pointed out in my work « Life of French forests in the XVIth century ». Naturally enough, at the time of the Religious Wars, reformations became scarcer. Now, contrary to what might be expected, they grew still scarcer during the first half of the XV.IIth century. The period of R ichelieu's and Mazarin's management, so useful in regard to antifeudal struggle and to the extension of French territory, witnessed the deterioration of the administrative system, owing to the venal and hereditary characters of the offices and to extensive and lasting wars. In 1661, when Colbert assumed the leadership of the financial administration and also of forest administration - woodlands in France, and particularly in the royal domain, were in bad conditions, even worse than during the last century. The ignorance of forest officers, the permanent need of money of the Treasury, and some malversations lead lead to considerable waste, excessive sales of timber and the alienation - in spite of the ordinances and even of the basic rule of the kingdom, of several royal forests. On the whole, French forests had not only decreased in extent but also in duality ; high forests, which were still very numerous one century earlier had nearly disappeared on lowland areas and were even becoming scarce in most stands, since forests consisted chiefly in mismanaged coppices. These conditions were all the more unfortunate since timber kept on being the first main raw material and the main source of energy (source of fuel). The royal nave which Colbert was particularly eager to restore as soon as possible, was obliged to make use of scandinavian timbers which night be difficult to obtain in wartime. Such are the causes the Great Reformation of 1661-1680 which dealt essentially with royal forests, but also with most ecclesiastical and communal forests which, since the XVIth century. had been put under the King's protection. Colbert further aimed at a complete restoration of the royal domain so as to improve the financial returns of the monarchy: the royal forests had in fact become nearly profitless. The reformation of forests was a long and exacting task. Colbert was not long to notice it. But fortunately he was entirely supported by Louis XIV and was certain to remain long in office. Therefore, Colbert with his never-failing energy, his remarkable steadiness, his concern for exery detail which lead him to carry on a lengthy correspondence with the performers of the reformation, could bring the work to a successful issue. The considerable work involved in the actual reformation of 1,318,000 acres of royal woodland, i.e. 650,000 ha. - ecclesiastical and communal woodlands being excluded - was carried out by two kinds of administrators: the baillifs, usually « masters of requests » whom Colbert thought much more reliable than royal forest officers, and also a small number of technicians. who were indeed professionnal foresters, but whose ability and honesty Colbert had already appreciated. The most famous of these skilful men was Louis de Froidour, who was born in Picardie. He made himself known by the reformation of the forests of the Ile de France, then was entrusted with that of the vast department of Languedoc to which had to be added the whole Pyrenees and finally the Quercy and Angoumois. The rules of the reform commissionners, applied as the great reformation was being carried out, have been used for the drafting of the famous ordinance of August 1669: but in fact the chief writer was again Colbert who made use of the important documentation contained in the works of Sain-Yon and Chauffourt, two foresters of Henri IV's reign. The Ordinance of 1669 which constituted the basis of the forestry code of the Old Regime and which beyond the revolution inspired the modern forestry code of 1827 was not revolutionary in that time ; it brought clarity and method more particularly in forest administration and in the organization of sales and timber exports. Colbert's reformation had some other results, no less valuable. First of all, financially, it was a profi table operation. The coasts entailed by the reformation were largely repaid by the proceeds of fines and actions for damages inflicted on trespassers. Nearly 100,000 acres of royal woodlands were recovered. The new management of forests immediately gave its fruit, the net return of royal forests having risen from 228,000 francs in 1661 to 1,028,000 in 1683. Finally, chiefly in regard to the navy, Colbert was rewarded of his efforts. The royal navy was restored and as early as 1670, thanks to careful investigations, it succeeded in using almost exclusively French timbers. Thus the reformation of 1661-1680 has been one of the most commendable works of Louis XIV's reign.
Publisher: ENEF, Ecole nationale des eaux et forêts, Nancy (FRA)
Date: 1962

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