Loïc BLONDIAUX et Dominique REYNIÉ, Natalie LA
BALME
L'opinion publique est l'une des caractéristiques les plus
fortes des sociétés démocratiques contemporaines. Omniprésente,
elle demeure énigmatique. Sa consécration par la philosophie
politique, au siècle des Lumières, semble réhabiliter le jugement
populaire. Mais il s'agit d'un monde imaginé, habité de grands
esprits qui lisent, écrivent et délibèrent. L'opinion publique est
alors le portrait magnifique d'un peuple qui n'existe pas. Au XIXe
siècle, elle fournira le portrait ordinaire d'un peuple réel. Loin
de la philosophie, ce sont les sondages qui consacreront le
triomphe de l'opinion publique. Depuis lors, elle prospère sur le
mode de la prévision, à travers les intentions de vote, ou sur le
mode du jugement public ordinaire institutionnalisé. Éloquente sur
tout, l'opinion publique s'impose, comme une figure familière,
omniprésente et bavarde.
Ce nouveau mode d'existence de l'opinion publique, à la fois
quantitatif, réactif et compulsif, a suscité un effort de recherche
important, notamment aux États-Unis. L'ambition de ce numéro est
triple : il s'agit de mettre en perspective la richesse de la
contribution anglo-saxonne dans l'analyse et la compréhension de
l'opinion publique contemporaine ; puis d'offrir aux lecteurs une
version française de textes qui n'étaient pas jusque-là aisément
accessibles et, enfin, de favoriser le renouveau d'une réflexion
critique sur les relations étroites et compliquées que l'opinion
publique entretient avec la démocratie.